FORMAT (PDF) du Memorandum sur les
 massacres répétitifs des hutus au Burundi.

 

MEMORANDUM SUR LES

MASSACRES REPETITIFS

DES HUTUS AU BURUNDI

 


APPEL A LA CONSCIENCE MONDIALE

 



En 20 ans, l'armée TUTSI a massacré environ 700.000 HUTU au Burundi, soit 16% de la population HUTU, 14% de la population totale ou l'équivalent de la population TUTSI

Janvier 1992.


IN MEMORIAM



Il s'appelait SIMBIZI Audace, il était militant de première heure du Mouvement pour la Paix et la Démocratie. Son supplice fut celui de centaines de milliers d'autres Hutu assassinés depuis 1962. En leur mémoire a été créé le Centre d'Etudes SIMBIZI Audace.

CENTRE D'ETUDES SIMBIZI AUDACE

Deuxième édition. Janvier 1992.

Adresse : M.P.D.

B.P. 110 Bujumbura Burundi
B.P. 2101 B - 1000 Bruxelles 1 Belgique
Compte bancaire
no : 068 - 2096515 - 81.



TABLE DES MATIERES

Chapitre 1 : Prise de position du Mouvement pour la Paix et la Démocratie au Burundi.

Chapitre 2 : Les génocides de 1965 et 1969

- l'assassinat du premier ministre Pierre NGENDANDUMWE
-
Le coup d'Etat de 1965
- Les témoignages dans les journaux
- Le plan Arthémon SIMBANAMIYE d'extermination des Hutu
-
Les exécutions de 1969

Chapitre 3 : Le génocide de 1972

- Les mécanismes du génocide de 1972
- Les témoignages d'élèves et étudiants rescapés
- Le génocide sélectif au Burundi (Minority Rights Group)

- Les témoignages dans les journaux

Chapitre 4 : Le génocide de 1988

- Les témoignages dans les journaux
- Massacres d'enfants par les troupes gouvernementales (Amnesty
International)

Chapitre 5 : Quelques aspects de l'Apartheid au Burundi

- Apartheid dans les fonctions suprêmes de l'Etat
- Apartheid dans l'administration
- Apartheid dans l'armée
- Apartheid dans les tribunaux
- Apartheid' dans les sociétés commerciales
- Apartheid dans l'enseignement

 


 

 

La Convention de l'ONU pour la prévention et la répression du crime de génocide définit ce dernier comme étant "l'un quelconque des actes commis dans l'intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux".

Cette Convention condamne les actes suivants . le génocide, l'entente en vue de commettre le génocide, l'incitation directe et publique à commettre le génocide, la tentative de génocide et la complicité dans le génocide.

La Convention de lONU sur l'imprescriptibilité des crimes contre l'humanité condamne ces crimes, même si ces actes ne constituent pas une violation du droit interne des Etats où ils ont éte commis.


 

 

CHAPITRE 1 : Prise de position du Mouvement pour la Paix et la Démocratie au Burundi (MPD)

 

 


Prise de position du Mouvement pour la Paix et la Démocratie au Burundi (MPD)


Le Burundi est un petit pays d'Afrique Centrale où cohabitent tant bien que mal ou plutôt mal que bien trois ethnies : les Hutu - (85 %), les Tutsi (14%), les Twa. Depuis quelques centaines d'années le pouvoir a été exercé sans partage par les Tutsi. Même l'intermède colonial n'a pratiquement pas modifié cet état de choses, le colonisateur ayant, selon le principe du "Divide ut imperes", renforcé leur domination en facilitant l'accès à l'école aux enfants de princes, de chefs et de sous-chefs tutsi. Comme conséquence de cette domination politique le pouvoir économique devait fatalement se concentrer également entre les mains de cette ethnie.


Cependant, à partir de l'accession du Burundi à l'indépendance en 1962 et grâce aux contacts qu'un certain nombre de Hutu ont établi à l'extérieur, les idées démocratiques se répandirent dans le pays avec un désir de plus en plus grand de justice sociale et une volonté de plus en plus affirmée d'opérer une transformation profonde des structures et du régime politique en vigueur. On assista alors à la naissance d'un certain nombre de partis politiques groupant essentiellement des Hutu. Aussitôt averti du danger que pourrait représenter cette volonté de transformer ces rapports de domination séculaires, les tenants de la minorité tutsi se mirent, d'abord sous le manteau protecteur et avec la complicité active de la monarchie, puis au grand jour, sous les différents régimes républicains qui lui ont succédé, à échafauder des plans diaboliques d'extermination des Hutu pour régner à jamais sans partage. L'instauration en septembre 1966 du parti unique, ce démiurge à l'abri duquel se développent généralement le déni des droits des gens et toutes les forfaitures, constitua une étape marquante dans le renforcement de cette domination. La mise en oeuvre de ces plans diaboliques s'est traduite par le bilan suivant en pertes de vies humaines


Année

Hutu tués

Hutu exilés

Tutsi tués

Tutsi exilés

1965

10.000

500

   

1969

500

300

   

1972

500.000

300.000

200

 

1988

50.000

63.000

40

 

1991

3000

4o.ooo

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Précisons au passage que ces massacres ont toujours frappé par priorité les éléments alphabétisés de la population Hutu. Parallèlement aux liquidations physiques, on a assisté, surtout à partir de l'avènement de la Deuxième République (le ler novembre 1976), à la mise en place d'un plan de génocide intellectuel des Hutu, lequel plan organisait systématiquement le maintien de ceux-ci dans l'ignorance et l'analphabétisme.

Comble de machiavélisme, au cours et après les tueries évoquées ci-avant, les autorités burundaises ont toujours affirmé que ce sont les Hutu qui se sont ligués pour exterminer les Tutsi, mais elles n'ont jamais expliqué comment la guerre d'extermination de Tutsi a fait plus de
500.000 victimes Hutu contre seulement 240 victimes Tutsi.


La vérité doit donc être recherchée ailleurs.

A l'occasion de ces massacres répétitifs, les régimes minoritaires tutsi ont chaque fois refusé l'organisation' d'une commission Internationale d'enquête.

 


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Pourquoi le pouvoir tutsi s'oppose-t-il fermement à une enquête internationale, impartiale et neutre, qui le laverait de tout soupçon, se contentant d'instituer simplement des commissions gouvernementales dont les conclusions épousent toujours les thèses officielles ? Voilà la question que devraient se poser toute personne, tout gouvernement ou toute organisation un tant soit peu préoccupés par le sort des droits de l'homme au Burundi.


Suite aux événements de 1988, et sous la pression de certains gouvernements, le régime de Bujumbura a entrepris des manoeuvres visant à convaincre l'opinion nationale et internationale de sa réelle volonté de promouvoir un climat de réconciliation nationale :


Toujours dans cette même logique, le régime de Buyoya a procédé à l'injection de quelques Hutu au sein des représentations diplomatiques accréditées à l'étranger et pour ne pas paraître en reste par rapport au courant de démocratie qui a soufflé sur. tous les continents, a commandé un rapport sur la démocratisation des institutions et de la vie politique qui, levant quelque peu le voile sur les intentions réelles de ses promoteurs, préconise un "multipartisme réglementé".


Ces différentes actions, quoique purement cosmétiques, ont incontestablement contribué à redorer l'image du régime et de. son chef Pierre Buyoya qui a pu faire croire qu'il est promoteur d'une vision des rapports interethniques au Burundi qualitativement meilleure par rapport à celle de ses précédesseurs, Micombero et Bagaza.


Dans la réalité, la politique intérieure du régime de Buyoya n'a pas changé pour ce qui concerne les rapports interethniques car les Tutsi occupent toujours la quasi-totalité des postes clés à tous les niveaux.


Pour faire face à cette situation socio-politique qui n'a que trop duré, des citoyens burundais épris de paix et de justice ont créé en 1988 un parti politique, le "MOUVEMENT POUR LA PAIX ET LA DEMOCRATIE" (MPD). Fidèle à la culture burundaise et à la tradition humaniste, le MPD a de bonne heure, considéré que la voie pacifique doit être explorée pour résoudre le conflit qui oppose depuis plusieurs années les Hutu et les Tutsi au Burundi, Toutefois, les Tutsi et les Hutu étant les deux parties en conflit, ils ne peuvent pas être en même temps juges dans cette affaire. C'est la raison pour laquelle le MPD a proposé dans son Memorandum de 1989 un arbitrage international en demandant à l'ONU ainsi qu'aux pays limitrophes de se concerter et d'organiser une conférence internationale sur la paix et le règlement du conflit hutu-tutsi au Burundi. A cet égard, le MPD a émis des propositions de solution en quatre phases, à savoir :


1. Le remplacement de l'armée actuelle par une armée nationale représentative de toutes les ethnies et de toutes les provinces du Burundi.

2. L'élaboration d'une constitution basée sur la séparation des pouvoirs, le pluralisme politique et la garantie des libertés individuelles.

 


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3. La tenue d'élections libres et pluralistes, ouvertes aux Burundais de l'intérieur et de l'extérieur, pour choisir les bourgmestres et les membres de l'Assemblée communale, les gouverneurs et les membres de l'Assemblé provinciale, les membres de l'Assemblée Nationale et le président de la République.


4. Le rapatriement et l'installation des réfugiés en toute quiétude et sécurité.


Ces différentes propositions de solution ont été par la suite affinées et précisées davantage à travers les différentes prises de position ultérieures rendues publiques par le parti.

Malheureusement le président Buyoya et son parti unique UPRONA ont fait la sourde oreille à toutes les propositions constructives du MPD, préférant piloter seuls le processus de démocratisation des institutions à mettre en place au Burundi, On notera que lors des débats organisés en 1990 par le parti unique UPRONA sur la Charte de l'Unité Nationale, les propositions qui n'épousaient pas les thèses du régime n'ont pas été retenues et que par ailleurs les régions où les résultats ont été faibles lors du referendum de février 1991 sur la charte de l'unité sont les cibles privilégiées des massacres en cours.


La phobie de la démocratie dont paraissent souffrir les autorités burundaises, la crispation sur les privilèges acquis, les refus d'un rééquilibrage ethnique de l'armée, la marginalisation des réfugiés dans la recherche d'une solution aux problèmes du pays, reflètent les véritables visées du régime en place au Burundi.


Pour la cinquième fois en vingt 7six ans, le Burundi vit depuis le 23 novembre 1991 une nouvelle période tragique caractérisée par des massacres des populations hutu. Des crimes sont encore une fois en train d'être commis sur le territoire burundais. Mais par qui ? De toute évidence, la responsabilité du régime en place au Burundi est pleinement engagée. En effet, le comportement du pouvoir en place, malgré ses déclarations de bonnes intentions sur la démocratisation des institutions et de la vie politique ne pouvait que conduire aux massacres actuels des Hutu. Pendant que ce régime prêchait la réconciliation nationale, il n'a cessé de perfectionner ses méthodes pour tuer et réprimer l'opposition montante des Hutu. Le virage démocratique que le régime a été obligé de prendre sous la pression internationale s'opère avec un balisage tellement compliqué dans ses projets de démocratisation que peu de citoyens s'y retrouveront. En effet, parallèlement à ce balisage intervenu après une longue période d'hésitation le régime a préparé et exécuté visiblement un plan de massacres ethniques de Hutu conçu de longue date pour empêcher la démocratisation intégrale du pays.

Le MPD rejette donc catégoriquement la thèse des autorités burundaises selon laquelle le Burundi a été victime d'une attaque d'éléments armés venus du Rwanda et de la Tanzanie, thèse inconsistante que le régime a d'ailleurs très rapidement abandonnée. D'ailleurs les faits ci-après accréditent plutôt l'hypothèse d'une simulation d'attaque pour justifier des massacres des Hutu :


1° L'imposition d'une Charte de l'Unité Nationale à fondements totalitaires "qui sera au-dessus de la Constitution et des lois, qu'aucun régime politique ne pourra changer ni abroger, à laquelle tout parti politique, toute organisation, toute religion, toute institution devra se conformer..." Dans le chef du régime de Buyoya, cette charte vise un double objectif: d'une part, laver les crimes commis contre les Hutu pendant les massacres


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organisés au cours de ces trente dernières années et d'autre part, mettre la corde au cou de tout opposant politique puisque "selon cette même charte tout murundi présent ou à venir qui ira à l'encontre de la présente charte se sera rendu coupable d'un acte de haute trahison à l'endroit de la nation et du peuple burundais". Prenant la pleine mesure de ce piège, le MPD a rejeté le projet de charte dans sa prise de position de mai 1990.

2° Les propos menaçants du Président Buyoya le ler juillet 1991 (en langue nationale) invitant le parti unique UPRONA et son armée à sévir contre tout élément soupçonné d'appartenir à l'oppositon politique qu'il a désignée comme ennemi actuel de- l'Unité nationale.

3° La résurgence du discours traditionnel et violent du parti unique qui situe les causes des problèmes intérieurs dans les complots organisés contre lui à partir de l'étranger par les réfugiés burundais.

La fermeture des points de passage sur la frontière entre le Burundi et le Rwanda en redésignant ce pays comme boue émissaire.

5°La publication en août 1991 d'un rapport de la Commission Constitutionnelle du parti unique UPRONA qui prévoit pour février 1992 l'imposition d'une constitution taillée à l'image du parti unique préconisant un multipartisme règlementé, légalisant les formations politiques proches du parti unique,' le maintien du bannissement des partis opposés au pouvoir actuel et l'interdiction des élections pluralistes au niveau de la Commune.

6° La conférence de presse du Premier Ministre et Ministre du Plan en août 1991 et à l'occasion de laquelle un journaliste aux ordres du courant d'extrémistes tutsi a réclamé plus de répression des populations qui ne soutiennent pas la politique du parti unique UNPRONA.

7°L'évacuation des populations tutsi vivant dans les zones ciblées pour les massacres (Cibitoke, Bubanza, Kayanza, etc... ).

8° La déclaration du Ministre de l'Intérieur et des Collectivités locales le lundi 25 novembre 1991 selon laquelle les tirs d'armes automatiques entendus dans la ville de Bujumbura provenaient uniquement des forces armées burundaises.

9° Les déclarations des habitants de la ville de Bujumbura qui, interrogés le ler décembre 1991 par un journaliste de la presse officielle, ont nié avoir vu un seul assaillant.

10° Le fait qu'aucune formation politique d'opposition ne dispose ni de branche armée ni de soutien d'un pays quelconque.

11° Les déclarations des autorités burundaises elles-mêmes selon lesquelles les prétendus infiltrés arrêtés au mois d'août 1991 ne portaient pas d ' armes.

En conséquence, le MPD lance un appel pressant à tous ceux qui peuvent contribuer au changement de la vie politique au Burundi et demande :


1° Aux forces patriotiques et démocratigues du Burundi

de garder courage, rester vigilant et se désolidariser d'avec la poignée d'oligarchistes qui conçoivent et dirigent les crimes de génocide qui ont, à plusieurs reprises, endeuillé le Burundi, coûté la vie à des centaines de milliers de citoyens burundais et contraint des milliers d'autres à l'exil.


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Au régime en place au Burundi

- de trouver une solution équitable et durable au conflit ethnique au Burundi ;

- de négocier le passage pacifique de la dictature du parti unique à la démocratie pluraliste ;

- de remplacer l'armée actuelle qui en fait, depuis le coup d'Etat de 1966, n'a fait qu'anéantir l'opposition politique,_par une véritable armée nationale représentative de toutes les ethnies et de toutes les provinces du pays ;

- de mettre en place des dispositifs de protection de la sécurité de l'opposition politique au Burundi ;



Aux partis d'opposition

de promouvoir la formation d'une coalition des forces d'opposition en vue d'aboutir par le dialogue sincère à l'instauration d'une démocratie réelle et d'un multipartisme intégral. A cet égard, des accords séparés avec le régime en place sont à proscrire.


Aux pays limitrophes

- d'accorder l'asile politique aux réfugiés burundais conformément aux dispositions des Conventions internationales de Genève et de l'OUA en matière de réfugiés ;

- de faciliter le travail de la Commission d'enquête internationale sur les massacres de novembre 1991 ;

- de ne pas se laisser abuser par les déclarations du Président Buyoya

- de condamner les cycles de violence au Burundi qui touchent naturellement et directement les citoyens burundais, mais aussi indirectement les citoyens et les gouvernements de ces pays 'tant en ce qui concerne l'accueil incessant de réfugiés burundais sur leur territoire et l'impact sur leurs ressources qu'en ce qui concerne le blocage du développement socio-économique intégré entre le Burundi et ses voisins dû à la persistance du problème Hutu-Tutsi au Burundi ;

- de participer à la recherche d'une solution juste et durable au problème ethnique au Burundi.

 


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A la communauté internationale



- d'organiser rapidement une enquête internationale et impartiale sur massacres de novembre 1991 ;

- d'arrêter l'aide militaire au régime en place et surveiller de fa stricte l'utilisation d'aides économiques accordées au Burundi afin s'assurer qu'elles ne soient pas accaparées par la minorité oligarchi. au pouvoir aux dépens des intérêts de la Nation Burundaise ;

- de venir en aide aux réfugiés burundais en général et particulièremeni ceux ayant échappé aux massacres de novembre 1991 ;

- de prendre les sanctions qui s'imposent contre le régime du Burundi cas où il refuserait l'organisation d'une enquête internationale sur récents massacres des populations innocentes et l'organisation d'i conférence politique nationale ;

- d'exercer une pression sur le régime de Buyoya afin que soit instauré multipartisme intégral et non un multipartisme règlementé et contr~ comme le préconise déjà le rapport de la Commission Constitutionnelle

- de ne plus jamais croire sur parole les déclarations des autoril burundaises sur le fait que le Burundi n'a pas de prisonniers politiqI étant donné que les régimes qui se sont succédés au Burundi, soucieux ne pas s'encombrer de prisonniers politiques qui terniraient leur imé diplomatique ont procédé directement à des exécutions sommaires personnes arrêtées et désignées rapidement comme ennemis de la nation

Enfin, le MPD prie tous ceux - qui recevront ce document de faire tout qui est en leur pouvoir pour le rétablissement de la paix, de la liberté,la justice et de la démocratie véritable au Burundi.


Le Président du MPD.


 


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CHAPITRE 2 : Les génocides de 1965 et 1969

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

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L'assassinat du premier ministre Pierre NGENDANDUMWE.

Le 7 janvier 1965, Pierre NGENDANDUMWE, après avoir longtemps hésité, accepte de former le nouveau gouvernement. Les groupes extrémistes Tutsi, ceux-là même qui avaient manifesté contre le gouvernement NGENDANDUMWE en décembre 1963, c'est-à-dire la J.N.R.,la F.T.B. et l'Union des agents de l'administration, envoient une vigoureuse lettre à MWAMBUTSA, lui signifia qu'ils étaient toujours opposés à NGENDANDUMWE comme premier ministre.

Malgré cette mise en demeure des extrémistes Tutsi, Pierre NGENDANDUMWE forme un gouvernement de 13 membres comprenant 7 Tutsi et 6 Hutu.

MWAMBUTSA se réserve les secrétariats d'Etat à l'armée et à la gendarmeriE à la tête desquels se trouvent déjà respectivement les Tutsi Michel MICOMBERO et Pascal MAGENGE.

Le 15 janvier à midi, ce gouvernement est rendu public.

Quatre heures plus tard, le groupe extrémiste Tutsi, dit pro-chinois tient un meeting de protestation contre le nouveau gouvernement.

A vingt heures, Pierre NGENDANDUMWE est abattu devant l'hôpital Prince Louis RWAGASORE, alors qu'il allait rendre visite à sa femme qui venait d'avoir son troisième enfant.

Le seul témoin déclaré de cet assassinat est un des fils du Muhutu MUHAKWA Mathieu. Il dira aux enquêteurs et devant le tribunal qu'il a vu quelqu'un s'enfuir en criant : "Ndaguhaye jewe umwana w'abatutsi" (Je vous ai abattu moi enfant des Tutsi.)

MUHAKWANKE Mathieu se retrouvera en septembre dans le premier gouverne ment BIHUMUGANI, comme vice-premier ministre et ministre des finances.

Son fils, le principal témoin de l'assassinat de Pierre NGENDANDUMWE, sera cité en 1968 au côté des BAREDESTE A.M., BANKANURIYE Pascal et autres MPOZENZI Pierre, par BUSIGO Alphonse, ancien aide de camp de MWAMBUTSA, parmi les Hutu influents les plus fidèles à la monarchie.

Notons que ces fameux Hutu influents dont parle BUSIGO, faisaient partie du groupe CASABLANCA, dominé par des extrémistes ségrégationnistes Tutsi hostiles à NGENDANDUMWE !


Le 17 janvier, l'assassin présumé de NGENDANDUMWE est arrêté. Il s'agit d'un employé de l'ambassade des U.S.A. à Bujumbura, du nom de MUYENZI Gonzales. Entretemps, le 16 janvier, le secrétaire d'Etat à la gendarmerie, le Muganwa MAGENGE est démis de ses fonctions et est remplacé par le Muhutu SERUKWAVU Antoine.
Plusieurs arrestations ont lieu dans les milieux extrémistes Tutsi. La J.N.R. et la F.T.B. sont suspendues. L'enquête est confiée au substitut Hutu BUTOYI Marcien. Le bruit court à BUJUMBURA, dans les milieux Hutu, que l'assassinat de Pierre NGENDANDUMWE a été préparé à l'ambassade de Chine Populaire et a été exécuté par les extrémistes Tutsi pro-chinois. Pour accréditer la piste chinoise,l'ambassade de Chine sera cernée par la gendarmerie avant la supension officielle des relations diplomatiques le 29 janvier et l'expulsion des diplomates chinois.

Entretemps, Joseph BAMINA, Hutu du groupe CASABLANCA, remplace P.NGENDANDUMWE à la tête du gouvernement le 20 janvier.

 


*J.N.R. jeunesse Nationa1iste Rwagasore

F.T.B. Fédération des Travailleurs du Burundi


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LE COUP D'ETAT DU 18 AU 19 OCTOBRE 1965.

1- LES FAITS

1°Dans la nuit du 18 au 19 octobre, vers 2 heures du matin, des coups
de feu éclatent à la résidence du premier ministre. Celui-ci est
sérieusement blessé. D'autres coups de feu sont entendus du côté de
la résidence de MWAMBUTSA et à la caserne de la compagnie support de
l'armée.
C'est la panique, la confusion et la peur dans les foyers de
BUJUMBURA.

2° Au petit matin, le palais royal de BUJUMBURA est encerclé par des militaires sous le commandement du capitaine Michel MICOMBERO.

3° Entre 9 et 10 heures du matin, des échanges de tirs de mitrailleuses et de canons d'artillerie ont lieu au camp militaire de la compagnie support de BUJUMBURA,près de la rivière MUHA.

4° Dans la journée et la nuit du 19 octobre, des arrestations de députés, sénateurs, hauts fonctionnaires, militaires et gendarmes Hutu sont opérées.

5° Eclatement de troubles dès le 20 octobre, dans 1a région de BUGARAMA (MURAMVYA) au lieu d'origine de Paul MIREREKANO, également arrêté.

6° Fusillades dans la nuit du 21 au 22 octobre et au stade Louis RWAGASORE de 34 miliatires et gendarmes Hutu.

7° Fusillades, tout au long d'octobre, novembre et décembre, de la plupart de Hutu arrêtés, et ce en,violation des dispositions constitutionnelles et judiciaires de l'époque.

2- HYPOTHESES

Que s'est-il donc passé dans la nuit du 18 au 19 octobre ? A l'heure actuelle, personne parmi les Hutu ne connaît la vérité. Nous sommes réduits aux hypothèses.

- La première hypothèse est la plus connue.. L'opinion publique a en effet retenu qu'il s'agissait d'un coup d'Etat Hutu. Le comportement et les déclarations de certains policiers Hutu au cours de l'été 1965 le laissaient supposer, comme nous l'avons vu après la formation du gouvernement BIHA.

Mais, qui alors est allé attaquer le premier ministre ? Qui a tiré les coups de feu à la résidence de MWAMBUTSA ?


Pour les Tutsi, le coup d'Etat était conduit par le secrétaire d'Etat à la gendarmerie, Antoine SERUKWAVU. Mais, celui-ci a toujours affirmé n'avoir joué aucun rôle dans les événements du 10 au 19 octobre. Il n'a cependant pas expliqué pourquoi et comment il a quitté BUJUMBURA pour le Rwanda dès 7 heures du matin.

 


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- La deuxième hypothèse est la mutinerie simple d'une partie de l'armée ou de la gendarmerie. Mais, quels étaient les chefs des mutins ? Quels étaient leurs mobiles ?

Est-ce la "compagnie support" de l'armée commandée par le capitaine Hutu Fidèle NDABAHAGAMYE, qui a été encerclée et neutralisée le 19 octobre à 10 heures par un détachement des commandos de KITEGA ? Est-ce une partie de la gendarmerie de BUJUMBURA ?

- La troisième hypothèse est la provocationn. Les extrémistes Tutsi ont pu eux-mêmes organiser un simulacre de coup d'Etat pour ensuite
exécuter plus facilement le fameux plan SIMBANANIYE-MUHIRWA. D'après plusieurs témoignages, les deux premières hypothèses ne sont pas à écarter. Quant à la troisième, elle est tout aussi vraisemblable, surtout quand on se réfère à la suite-des événements et leurs conséquences tragiques pour les Hutu.

Bilan du génocide contre les Hutu en 1965

- environ 10.000 Hutu tués par les autoritéés du Burundi (dont parmi les tués : 50% de fonctionnaires Hutu et 70% de militaires Hutu)

- environ 2.000 réfugiés Hutu.

 

Extraits de "L'historique des relations Hutu-Tutsi", Oeuvre collective de la communauté des réfugiés burundais en Belgique 1986-1987.


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LE PLAN ARTHENON SIMBANANIYE D'EXTERMINATION DES HUTU

 

RAPPORT POLITIQUE

MINISTERE DE L’INFORMATION

CABINET DU MINISTRE

N° 093/100/CAB/68

Objet : Rapport Politique

 

A Monsieur le Président de la République du Burundi

à Bujumbura

Monsieur le Président,

Conformément à la politique du nouveau régime de confronter nos vues et de conjuguer nos efforts pour réaliser les idéaux de la révolution, j’ai l’honneur d’émettre quelques commentaires sur la situation politique du pays.

Le climat politique accuse une certaine tension. Des bruits de coup d’Etat et des incendiaires circulent et tourmentent l’opinion publique. La population s’inquiète, se méfie et veille.

Fort heureusement, des meetings d’information et d’apaisement organisés par le Ministère de l’Intérieur et le parti ramènent peu à peu la quiétude dans les esprits.

Si l’on analyse la cause de cette petite crise qu’on vient de passer, on remarque un refroidissement des rapports entre citoyens qui peut se développer en une haine raciale.

En effet, il existe aujourd’hui des manières et des façons non cartésiennes d’aborder les problèmes chaque fois qu’ils se posent. Les suspicions sont devenues "à sens unique". Et ceci s’explique à la longue parce que les diffuseurs des faux bruits développent toujours le même thème : la récidive de 65. Alors ce thème diaboliquement répandu dans la population provoque le réflexe de défense et devient "le péril hutu" réclamant "une lutte pour la survie". Résultat, on constate une vigilance pré-orientée qui guette et traque les mêmes cibles. Et une ethnie est sujette à des suspicions permanentes, chaque hutu devenant nécessairement raciste et subversif.

Si l’on se réfère à la vie courante, on relève vite ce regrettable état de choses. En effet, aujourd’hui quand deux ou trois Hutu se rencontrent pour trinquer un verre, on conclut tout de suite à un complot de subversion. Alors l’imagination féconde des esprits malicieux tisse une épopée autour du fait; et voilà une crise qui jette la masse dans la stupeur!

 


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Si un Hutu monte pour visiter ses parents à l'intérieur, les autorités provinciales sonnent l'alerte et le filent indiscrètement et sans façon. Après son départ, elles organisent des interrogatoires pour toutes les personnes visitées, orchestrent des rumeurs diffamatoires et montent des complots de tactique pour simuler des incidences fâcheuses de sa visite. Et souvent des arrestations arbitraires s'ensuivent. Résultat, il y a des gens qui n'osent plus aller chez eux pour ne pas exposer leurs parents à des machinations torturantes.

Essayons d'éclaircir la situation en dénonçant les tactiques, les pratiques et les esprits en présence. C'est peut-être le seul moyen de sauver l'unité en péril. Car nos sermons et l'état actuel des choses démontrent la vulnérabilité des principes quand on les oppose aux passions.

La situation empoisonnée actuelle prouve l'existence d'un racisme hutu-tutsi dans nos murs.

Du côté hutu, on compte des théoriciens d'une vraie démocratie à instaurer. Ceux-ci constatent que la structure administrative jusqu'en ses échelons les plus modestes est tutsi et condamnent le népotisme conscient ou inconscient qui résulte de ce monopole. En plus de ces incriminations, ils s'insurgent contre les tyrannies et les injustices facilitées par cette forte homogénéité éthnique dans l'administration de l'Etat.

Face au principe tutsi d'auto-défense, les Hutu trouvent que les Tutsi ont inventé des thèses du "péril hutu' et de la "lutte pour la survie" pour créer des occasions de les torturer et de prolonger ou perpétuer leur domination.

C'est ainsi, disent-ils qu'on jette la terreur dans la masse, qu'on oriente des suspicions préconçues aux Hutu devenus nécessairement racistes et subversifs, qu'on le guette, qu'on leur attribue des complots invraisemblables et qu'on les mine moralement et physiquement par des malices diaboliques.

On parle même d'un "apartheid" tutsi qui se prépare !

Voilà l'histoire : une organisation raciste tutsi possède un programme d'action dont SIMBANANIYE Arthémon serait l'auteur'. Le programme vise l'instauration d'un certain "apartheid" au Burundi. Sa réalisation s'opérerait en trois étapes :

1. Semer la haine entre les ethnies en noircissant fortement quelques hauts intellectuels Hutu ;

2. Vous faire disparaÎtre physiquement pour plonger le pays dans la confusion et la colère ;

3. Tablant sur les faux bruits déjà en circulation, crier haro sur les Hutu pour récidive de 65.

Alors il ne restera plus qu'à lancer une répression sanglante sur des cibles choisies d'avance et à se montrer très actif dans l'épuration criminelle pour réclamer le pouvoir comme rançon de son zèle. Après ce coup de balais, l'apartheid règnera au Burundi et le "péril hutu, sera anéanti à jamais.


La position hutu se définit essentiellement par cette peur, ces

 


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incriminations et ces revendications. Le Hutu regrette en outre son absence dans les organes de vigilance (la sûreté et la justice) et son accession difficile aux postes de confiance.

Mais, à mon avis, tous les Hutu, sauf certains qui sont à l'étranger et qui doivent justifier l'argent reçu des forces du mal, ne réclament que de vivre en paix et de bénéficier de la justice. Quant aux droits à recouvrer, je crois que tous confient cette mission au jeu de l'histoire dans une compétition loyale. Le mythe d'incendiaires et des subversifs qu'on leur attribue s'explique uniquement par l'adage : "Qui veut noyer son chien l'accuse de rage".

Aussi lorsqu'il y a une petite crise à caractère racial, il faudrait beaucoup d'impartialité, beaucoup d'exigences pour apprécier la valeur des renseignements et arriver à des conclusions justes de l'enquête. Et on devrait bannir la manie de coffrer les gens avant que le culpabilité ne soit établie ; car l'innocent qui y passe croit tout de suite à la complicité des organes de vigilance dans l'injustice endurée.

Ceci est vrai puisque souvent dès esprits chagrins mus par des rancunes ou des inimitiés personnelles fomentent une crise et s'arrangent avec des faux témoins pour faire coincer leurs ennemis personnels. Autre chose qui contribuerait à assainir les méthodes de répression, serait de sévir contre les faux témoignages et les faux renseignements. Car aujourd'hui, pour en avoir plus ou moins souffert tous, nous savons qu'il y a des gens qui s'évertuent à diffamer et à noircir des honnêtes hommes. Il est étonnant de constater qu'aucune répression ne se fait de ce c8té et qu'on se plait plut8t à se laisser prendre dans leur piège, alors que ces gens-là sont responsables des crimes que nous vivons trop souvent.

Aussi longtemps que toutes ces précautions et ces mesures ne seront pas prises, un fossé est en train de se creuser et une haine s'installe dans nos populations. L'unité que nous chérissons tous est donc au prix de la justice.

Du côté tutsi, beaucoup ont cru à la force du "péril hutu et s'organisent en défensive ou en offensive. L'exemple rwandais les hante et le coup de 65 les raffermit dans leur position. Il en résulte des méfiances et des suspicions envers tout geste hutu.

 

Et il se crée tout le climat dont les Hutu se plaignent.

En conclusion, comme l'a constaté le conseil du Cabinet du 12 avril 68 dernier, nous nous trouvons en face d'un faux problème mais qui risque de devenir un vrai. Car ceux qui dénoncent le péril hutull cherchent par ce truchement de haine à servir leurs ambitions personnelles ou à se maintenir à des places acquises indûment, comme ceux qui parlent des droits à recouvrer veulent se hisser à tout prix à des postes convoités (ou sont à la solde des étrangers). Ce que veut le peuple, c'est le pain, la paix et la justice (le reste faisant l'objet d'une concurrence loyale. Cependant si le problème n'est pas traité adéquatement et impartialement pour que la sauvegarde, l'unité soit une conviction appliquée, il deviendra un vrai problème qui compromettra notre Révolution).

 

Il nous faut donc maintenant prêcher par la parole et par l'exemple pour sauvegarder et raffermir l'unité monolitique de tout le peuple murundi sur les plans politique et idéologique. C'est alors, et alors seulement

 


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que se créera l'ambiance propice au rayonnement de la Révolution et où l'enthousiasme politique et l'ardeur au travail de tout le peuple s'élèveront d'une façon extraordinaire dans tous les domaines de la reconstruction nationale.

 

 

Le Ministre de l'Information, NDAYAHOZE Martin.

 

 

 

 

 

cfr. TINA Noveri "Burundi Requiem" per ABELE, Edizione Dehoniane, Bologna.

 

 


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ARRESTATIONS ET FUSILLADES EN 1969

 

Au lendemain du coup d'Etat militaire du capitaine Michel MICOMBERO, furent supprimés : le pluralisme politique en vigueur depuis l'indépendance, le sénat, le parlement et tous les partis d'opposition. Tous les Burundais furent forcés d'intégrer le parti au pouvoir UPRONA, ainsi que ses mouvements intégrés. (J.R.R., U.F.B., U.T.B.) (1) Les rares leaders encore vivants,et les intellectuels ou étudiants Hutu prirent plus que jamais conscience de leur situation de "majorité minoritaire" perpétuellement en danger de mort. La plupart d'entre eux adoptèrent un profil bas : "Hagupfa wozanzama" (mieux vaut survivre que trépasser) telle semblait être leur devise. Seule, une minorité d'étudiants Hutu à l'étranger, essaya de s'organiser.

- En 1967, vu le vide politique laissé par les massacres de 1965 chez les BAHUTU, les BATUTSI évoluaient sans entraves : une propagande effrénée à travers les médias nationaux et internationaux rendait les Hutu responsables des événements d'octobre 1965. On alla jusqu'à les qualifier du terme infamant "d'abamenja" (régicides). Ce terrorisme intellectuel savamment entretenu par MICOMBERO et ses acolytes porta ses fruits : les Hutu avaient tellement peur de s'organiser, qu'ils en arrivèrent à éviter de se parler en public, vu le système d'apartheid et le terrorisme psychologique installés depuis le coup d'Etat de novembre 1966. Les extrémistes Tutsi achèvent d'affiner la réalisation du "plan-génocide" concocté par André MUHIRWA et ses amis politiques dès 1962. Ce fameux plan sera porté à la connaissance des Hutu grâce à Martin NDAYAHOZE, ministre dans l'équipe de MICOMBERO.

- En 1968, celui-ci commença à dévoiler queelques coins de ce plan, et lors de son discours du ler juillet, il expliqua sa tactique : quand on a un fagot à brÛler, il vaut mieux s'y prendre arbrisseau par arbrisseau, sinon on se complique la vie.

- Ainsi dit, ainsi fait, puisqu'un an plus tard, il procédait aux arrestations massives et à l'exécution d'un grand nombre de Hutu en vue à l'époque, non sans avoir hypocritement dénoncé "le tribalisme", lors de son discours inaugurant les cérémonies du 2ème anniversaire de la République, le 28 novembre 1968.

 

 

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UPRONA: Union pour le Progrès National
J.R.R.:Jeunesse Révolutionnaire Rwagasore
U.F.B.:Union des Femmes Burundaises
U.T.B.:Union des Travailleurs du Burundi

 


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Dès le 18 septembre 1969, Michel MICOMBERO fit procéder à des arrestations dans les milieux militaires, civils et religieux Hutu, touchant des leader comme Charles KAROLERO, Nicodème KATARIHO, Mathias BAZAYUWUNDI, Cyprien HENEHENE, ...


Trois mois après, soit à l'aube du 25 décembre 1969, 23 parmi les prisonniers furent passés par les armes, sans oublier ceux qui sont morts en prison
suites à des tortures.

Ces Hutus furent fusillés, malgré de nombreuses démarches et pressions extérieures auprès du gouvernement Tutsi.

Les exécutions des Hutu se poursuivirent tout au long de l'année 1969.

Le bilan du génocide de 1969.:

- 500 Hutu tués par les autorités du Burunddi
(dont - parmi les tués - la quasi totalité des officiers et sous-officiers
Hutu, ainsi que la plupart des hauts fonctionnaires Hutu)
- 300 réfugiés Hutu.

 

 

Extraits de "L'historique des relations Hutu-Tutsi", Oeuvre collective de la communauté des réfugiés burundais en Belgique 1986 - 1987.


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CHAPITRE 3: Le génocide de 1972

 

 

 

 

 


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MECANISMES DU GENOCIDE DE 1972.

Dans le dossier "Naufrage au Burundi" de septembre 1972, on lisait :

"Dans ce pays sans statistiques et sans informations libres, comment pourrait-on savoir ? Qu'importe. De tels massacres ont déjà eu lieu en territoire décolonisé, mais une tentative de naufrage radical par la suppression de l'élite politique, sociale et culturelle d'une ethnie par l'autre, a-t-on vu cela ? même au Biafra ? même au Bengale ? Lorsque les haines raciales se déchaÎnent, il est rare que les bourreaux se trouvent dans un camp et les victimes dans l'autre".


Les faits

Le 15 mars 1972, Mgr Makarakiza dénonce un complot hutu. La sûreté générale administrée par Bizindavyi et le commandant NDIKUMANA partent en Tanzanie pour organiser une surveillance des Hutu, les frontières restent ouvertes.

Le 30 mars 1972 se passe le kidnapping de Ntare V en Uganda grâce à la complicité d'Idi Amin et de Micombero. Ramené à Bujumbura, il est accusé d'avoir voulu renverser la république pour réinstaurer la monarchie avec l'aide des mercenaires blancs et des Burundais monarchistes. La radio invite la population à veiller.

Le 26 avril 1972, une assemblée du parti Uprona prend des mesures de répression contre tous ceux qui n'ont pas encore adhéré à la JRR et demande au président de la république de décréter une loi instituant la suprématie du parti Uprona.

Le 27 avril 1972 Shibura Albert, ministre de l'Intérieur, va à Nyanza Lac et distribue des armes aux intellectuels Tutsi et ceux qui sont influents dans la masse ; par erreurs quelques Hutu en reçoivent.

Le 28 avril 1972 se réunit le Conseil des ministres. On ne sait trop ce qui s'est décidé, mais il semble que l'unanimité ne s'est pas faite quant au sort à réserver à Ntare V. Le tiraillement décida probablement

Micombero à révoquer son gouvernement. Les ministères sont dirigés par les directeurs généraux.

Le 29 avril 1972 Shibura et Yanda terminent la distribution des armes dans la province de Bururi et reviennent à Bujumbura dans la nuit. Une fête des officiers était organisée. Plus tard le gouvernement dira que le complot des Hutu consistait en une exécution de tout le monde participant à cette fête. Remarquons qu'il n'a pas exhibéles preuves de ce complot Hutu.


Ntare V est exécuté, dans la nuit, à Gitega (par le major Shibura ?). Un couvre-feu est imposé à tout le pays.

Le ler mai 1972 la radio de Bujumbura annonce que de sérieux combats se déroulent dans le sud du pays et qu'il s'agit de Mulelistes venant du Zaire aidés par les Inyenzi (monarchistes rwandais) et des Barundi monarchistes. Tout rassemblement de plus de trois personnes est interdit


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près des bâtiments administratifs ou dans des lieux publics. Remarquons que le gouvernement a parlé de "Mulelistes", sans doute pour attirer l'attention de Mobutu, d'"Inyenzi" pour ne pas inquiéter Kayibanda et de 11 monarchitesl' pour endormir les Hutu. Le 2 mai 1972 la radio annonce que le devoir et le droit de tout Burundais sont de dénoncer tout fauteur de trouble. La révolte est cette fois attribuée aux tribalistes, sous-entendu les Hutu, dans le but de mobiliser les Tutsi contre les Hutu et attirer la sympathie de la Tanzanie, de toute l'Afrique au sein de l'OUA ainsi que l'opinion internationale.


Synthèse des mécanismes du génocide


Les mécanismes du génocide sont synthétisés dans "le plan de génocide" élaboré par André Muhirwa et repris par Simbananiye.

1. Semer la haine entre les ethnies en noircissant fortement quelques hauts intellectuels Hutu.

2. Faire disparaÎtre physiquement le chef de l'Etat pour plonger le pays dans la confusion et la colère.

3. Tablant sur les faux bruits déjà en circulation, crier haro sur les Hutu pour la récidive de 1965. Alors il ne restera plus qu'à lancer une répression sanglante sur les cibles choisies d'avance et se montrer très actif dans l'épuration criminelle pour réclamer le pouvoir comme rançon de son zèle. Après ce coup de balais, l'apartheid règnera au Burundi et le "péril Hutu" sera anéanti. à jamais (rapport politique 093/100 Cab/68, Bujumbura 1968).

Remarquons que le plan de génocide a connu quelques modifications : ce n'est pas le chef de l'Etat de l'époque, Michel Micombero, qui a été éliminé, conformément au point 2 du plan de génocide, mais l'ex-chef' d'Etat, Ntare V.


Les méthodes utilisées pour tuer


Cela dépendait de la région où on se trouvait. Les premières victimes, c'est-à-dire pendant les trois premiers jours, ont été tuées au fusil, ceci répondant à la nécessité de faire vite étant donné qu'il s'agissait de faire disparaÎtre les hauts fonctionnaires Hutu. Dans la région de Jenda-Mwaro, on tuait les Hutu à l'aide de bambous. Dans la région du sud, on utilisait des machettes et des massues ...
A Bujumbura (vers le 15 mai 1972), à la prison de Mpimba on tuait avec des bambous qu'on avait fait venir de Jenda.
Dans la région de Kirimiro et du nord on tuait à la massue et beaucoup furent enterrés vivants.
La plupart des étudiants ont été tués à la baillonnette. Beaucoup sont morts d'étouffement dans les salles où on les enfermait en surnombre. D'autres Hutu martyrisés ont été tués par empalement et écartèlement.

 

Les listes :

Les listes des fonctionnaires et des personnes influantes d'ethnie Hutu avaient été faites longtemps à l'avance. Néanmoins, dans les écoles, ce sont les élèves Tutsi qui établissaient les listes de leurs camarades. Quant aux paysans, ils ne nécessitaient pas de listes. Comme la JRR et l'Uprona avaient encadré le pays depuis 1968, les paysans Tutsi savaient très bien qui était Hutu et qui ne l'était pas ; le ramassage se faisait sans aucune confusion.


Les responsabilités :

La responsabilité ou l'établissement de la culpabilité du régime ségrégationniste Tutsi est aisée à établir étant donné les faits cités plus haut. 

Grâce à la Sûreté les listes des Hutu étaient centralisées et confiées soit à l'armée quand son concours était nécessaire, soit à la JRR organisée en milice paramilitaire par le Parti Uprona.

Quant à la radio nationale elle servait de courroie de transmission rapide entre les mains des commanditaires du génocide dont Micombero était le chef. Elle trompait les Hutu pour mieux les faire attraper, tout ignorants qu'ils étaient du programme en cours de réalisation.  Elle annonce aussi que quelques-uns ont été capturés et que certains rebelles se dirigent vers Ngozi. "Habwirwa benshi hakumva benevyo", les Tutsi, à partir de ce jour mettent à jour les listes des Hutu et certaines étaient déjà dans les mains de la Sûreté, les rafles avaient déjà commencé.

Le 3 mai 1972, des munitions, deux cents hommes de troupes et deux bombardiers arrivent du Zaîre. La radio nationale annonce pour la première fois que des étudiants et des mercenaires entraînés à l'étranger ont envahi le pays.

Le 4 mai 1972 la radio nationale répète que le soulèvement est l'oeuvre des tribalistes (sous-entendu Hutu) antirévolutionnaires et que les auteurs ont été arrêtés. Elle demande à la population de former des groupes de vigilance et appelle les membres de la JRR à Ngozi à coopérer pour combattre l'ennemi.

Depuis le ler mai 1972 les habitants de Bujumbura voient des camions chargés de prisonniers et de cadavres dissimulés sous les bâches, s'en aller vers des charniers où les buldozers les recouvrent de terre.

Les fonctionnaires, les dirigeants d'entreprises, les responsables, les étudiants, les professeurs, les possesseurs de comptes dans les caisses d'épargne ou à la poste, les employés, les ouvriers, même des domestiques ... tous d'origine Hutu, ont été arrêtés et exécutés. Quant au peu de Hutu qui étaient encore à l'armée, leur sort avait été réglé au début des massacres.

Le 14 mai 1972, Nyamoya Albin est nommé premier ministre et deux jours après la formation du gouvernement les massacres de Hutu continuent.

L'armée continue à tuer à Bubanza, Bujumbura, Ngozi, Gietaga et Muramvya. Quant à Burui la tuerie n'a plus de raison d'être, vu l'extermination des Hutu qui s'y était opérée depuis le 29 avril et la grande masse qui avait fui en Tanzanie.

Le 24 novembre 1972, des promotions sont décernées au sein de l'armée. Le Lieutenant-Colonel Ndabemeye Thomas devient Général et Chef d'Etat-Major, le Major Nzohabonayo et le Capitaine Bagaza deviennent


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Lieutenants-Colonels, en même temps que ce dernier est nommé Chef d'Etat Major adjoint. On peut se poser la question suivante : est-ce que ces promotions n'étaient pas une récompense à leur bravoure dans les massacres des Hutu.

Le 5 juin 1972, le "Pourquoi Pas ? "avançait le chiffre de deux cent mille victimes contrairement au chiffre de dix mille rebelle tués avancé par le gouvernement pour cacher son ignominie, le 30 mai 1972. Dans toutes les guerres il existe des prisonniers et les victimes dans les deux camps, mais dans celle qui s'est déroulée au Burundi il n'y a eu que des victimes Hutu.Si la thèse que le gouvernement avance, à savoir des combats sanglants dans tout le pays, pourquoi n'y a-t-il eu que des réfugiés hutu dans les pays limitrophes ? La seule thèse que nous pouvons retenir pour nous et faire valoir à l'opinion internationale est qu'il y a bel et bien eu un génocide dirigé contre les Hutu, qui tire ses sources des structures héritées de la colonisation et de la féodalité qui ont favorisé les Tutsi, et qui a été orchestré dans le cadre d'un plan préétabli (cfr. plan de génocide).

Bilan : environ 300.000 morts, soit plus de 7 % de la population et plus de 13 % de la population masculine de l'ethnie hutu.

Tel un serpent qui hypnotise un rat, le gouvernement empêchait les Hutu de fuir ou de se défendre en leur répétant sans cesse qu'il n'y avait que les coupables qui étaient visés. Alors, les Hutu se sachant honnêtes ne voyaient pas la nécessité de s'inquiéter, jusqu'au moment où le rouleau compresseur frappait à la porte. En outre, la radio nationale servait les sanguinaires en trompant l'opinion internationale par la diffusion de fausses informations, comme on l'a vu plus haut. La Sûreté, l'armée, le parti Uprona et ses mouvements intégrés, font partie intégrante du régime, leur responsabilité dans ces tueries est nette.

 

L'attitude de la population :


a) La population Tutsi :

Pendant cette période, la population tutsi s'est révélée d'une cruauté et d'un sadisme jusque là insoupçonnés. L'union tutsi, ayant été renforcée après l'affaire des Banyaruguru. Jusqu'à l'adolescent, ils se sont montrés très actifs dans l'élimination des Hutu pour mieux exécuter le plan de génocide. Par exemple, des jeunes Tutsi de neuf' à douze ans établissaient des listes de leurs camarades de classe pour qu'ils soient exécutés. Quant aux adultes, leur comportement barbare dépasse l'entendement ; ils allaient jusqu'à éventrer les femmes enceintes, soi-disant pour éradiquer la mauvaise graine hutu.

 


b) L'attitude des Hutu :

Contrairement aux Tutsi unis, pour eux c'était le sauve-qui-peut. Un


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Hutu n'hésitait pas à dénoncer d'autres s'il était contraint à le faire. D'autres qui ne savaient pas de quoi il s'agissait, livraient même leurs enfants. C'est ainsi, par exemple, qu'une mère livra son enfant qui étudiait en 7ème année primaire, parce que l'autorité communale s'était présentée, disait-elle, pour faire une enquête. Alors, la mère estimant son enfant assez grand et intelligent pour répondre aux questions l'autorité, l'envoya à la mort. D'autres, enrôlés dans la JRR, de gré ou de force, exécutèrent leurs frères sans savoir que leur tour viendrait le lendemain. Ceux qui se rendaient compte de la réalité, prirent le chemin de l'exil, vers les pays limitrophes.


c) L'attitude du clergé burundais

Contrairement à la réaction de l'épiscopat burundais lors du procès de Banyaruguru (Tutsi), qui demandait l'arrêt de l'arbitraire et le respect des droits de l'homme, cette fois la réaction des évêques allait dans le sens voulu par les auteurs du génocide. L ' évêque de Bujumbura, Michel Ntuyahaga; s'en prit aux tribalistes "Hutu" au cours d'un sermon à la cathédrale Regina Mundi. L'archevêque du Burundi, André Makarakiza, fut encore plus virulent dans son célèbre sermon du 15 août 1972 à la grotte Marielle de Mugera contre les tribalistes, "fauteurs de troubles". Bref, ils soutinrent l'injustice.


L'attitude du monde extérieur :

Ce n'est qu'après l'exécution du plan de génocide que le monde extérieur a été mis au courant de ce qui s'était passé au Burundi. Ceci est dû au fait que les autorités burundaises avaient verrouillé les frontières jusqu'aux environs du 20 mai 1972. C'était trop tard. Les observateurs étrangers ne pouvaient plus rien voir : tous les cadavres étaient déjà enterrés et les traces de sang minutieusement effacées.
Néanmoins, le monde extérieur a été horrifié. Le premier ministre belge de l'époque a parlé de génocide, le secrétaire général de l'ONU a parlé de tragédie, le pape a envoyé une lettre de protestation à Micombero...Toutefois, nous regrettons vivement le silence des chancelleries étrangères établies à Bujumbura, qui n'ont rien dit alors qu'elles avaient les moyens de contourner le verrouillage de l'information imposé par le gouvernement.

Extraits de "L'histoire des relations Hutu-Tutsi", par la Communauté des réfugiés burundais en Belgique
1986-1987

 


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IL FAUT RESTER ENFERME AU COLLEGE

TEMOIGNAGE D'UN ELEVE DU COLLEGE DON BOSCO (NGOZI)


Voici quelques détails des événements au collège Don Bosco durant les derniers mois de l'année scolaire 1971-1972.

Samedi, 29 avril, rien de particulier. Même la nouvelle d'après laquelle Micombero a dissous le gouvernement n'a pas encore pénétré l'intérieur de nos toits. Mais la paix n'allait point durer.

Dimanche matin, une voiture vint s'arrêter à l'entrée de notre salle d'études. Un homme en sort, en tenue militaire ; le commandant des forces armées de Ngozi, Mr Bizoza Joseph. Il s'avança vers notre groupe avec un air empressé. Sans doute a-t-il quelque chose de très urgent à nous dire : "Citoyens, notre pays est en danger, une bande de mercenaires veut s'emparer de notre cher patrimoine. Déjà à Bururi, des gens ont péri ; pour éviter que le désordre ne gagne votre secteur, vous devez rester enfermés au collège ; plus de consersations avec les ouvriers et n'écoutez plus la radio. Si l'un d'entre vous viole un de ces ordres il sera poursuivi par la justice. A vous de veiller de lutter". Puis il disparaÎt nous laissant dans le doute. Pourquoi de telles mesures ? Pourquoi un ton pareil ? Pourquoi de telles menaces ?


Toutes la semaine s'écoule dans le calme et dans la peur, car nous ignorons tout ce qui se passe au-delà de notre clôture. Mais la paix du collège était au bord de la tombe. Après six jours, un professeur hutu, maÎtre en chimie est arrêté. De quoi était-il coupable ? Je n'en savais rien alors. Ce ne fut pas lui seul, car un jour plus tard, trois autres le suivirent. Mais les Tutsi sont d'une ruse sans pareille ; pour ne pas faire soupçonner leur programme d'élimination, ils arrêtèrent tous lesprofesseurs hutu et tutsi. Pourtant la situation ne tarda pas à être éclaircie, car deux jours après, tous les tutsi étaient de retour alors que les hutu avaient succombé sous le poids du marteau.


Nous avons observé à la lettre les ordre de Bizoza, mais cela n'empêcha pas que mercredi 16 mai (ou le 17), les militaires pénétrèrent à l'intérieur de notre institut. Trois étudiants furent emportés par les ravisseurs ce jour-là. Le lendemain nous réservait une surprise.

Il était neuf heures du matin lorsque les mêmes militaires cernèrent le collège : trente-cinq élèves furent appelés et arrêtés, vingt-et-un hutu et quatorze tutsi. A sept heures du soir, la "belle" ethnie revint toute joyeuse. Il était inutile de leur demander où étaient leurs vingt-cinq autres condisciples. D'ailleurs, nous connaissions leur jugement sur les vingt-quatre hutu du cycle supérieur qui avaient déjà disparu.

Jusqu'à ce moment, nous sommes restés calmes et aimables envers les morts et les assassins. Les militaires, voyant qu'ils avaient tout leur temps et que nous étions étroitement surveillés, ne vinrent plus nous déranger dans les jours qui suivirent. Seul, le commandant Bizoza Joseph passait chaque jour au collège pour voir si tous les septante-quatre étaient là et qu'il n'y avait pas quelque problème à régler.


 

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Les tutsi faisaient leur possible pour nous déranger, mais cela ne nous faisait rien. Personne ne répliquait malgré notre nombre important. Heureusement d'ailleurs, car si nous avions bougé, tout le collège aurait été écrasé.

La vie continua dans la même atmosphère jusqu'au 23 juin, veille de nos vacances. Mr Bizoza qui n'avait cessé de perturber notre tranquillité revint nous donner ses derniers ordres : "Demain, vous irez en vacances. Vous rencontrerez des gens qui vous diront toutes sortes de choses, et gare à vous si vous les croyez ! Vous ne pourrez partir qu'avec un laissez-passer que je vous donnerai tout à l'heure. Ce papier, vous irezle présenter à votre administrateur quand vous serez rentrés. J'insiste encore une fois pour que tout le monde aille chez lui et veille à ce que je viens de dire. Merci".

Après ce discours sec, des laissez-passer nous ont été distribués et nous sommes allés faire nos valises." Ce fut mon dernier jour au collège.


N.R. Collège de Ngozi

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QUAND L'HOMME NE TROUVE PLUS DANS L'HOMME UN SEMBLABLE


TEMOIGNAGE D'UN ETUDIANT A L'UNIVERSITE OFFICIELLE DE BUJUMBURE


Tout commença dans la nuit du samedi 29 avril 1972, alors qu'à midi, le président Micombero venait de révoquer son équipe ministérielle. Ce soirlà, j'avais eu l'occasion de passer la nuit dans ma famille, à la maison, en compagnie de mes frères et soeurs, comme c'était le cas chaque week-end.


Des racontars qui ne terrifient pas

Le lendemain matin, à mon réveil, des bruits couraient comme quoi il y avait eu une attaque en ville, que des hommes avaient été tués, des véhicules brûlés. Ces racontars ne me terrifièrent pas. J'y voyais un rejaillissement de ce régionalisme séculaire des Tutsi qui était le problème à la page. Je n'imaginais surtout pas un affrontement entre Hutu et Tutsi, car je savais que tous les Hutu intellectuels, fils issus des masses populaires, avaient été décimés au cours des dix années d'indépendance. J'étais sûr que le pays appartenait désormais aux Tutsi pour un certain nombre d'années et que le peuple n'arriverait plus à prendre les rênes du pays.

Le pays appartenait aux Tutsi, minorité seigneuriale et oisive passant une grande partie de son temps à parler de sa beauté et tenant en tutelle, en esclavage une majorité paysanne, travailleuse séculaire produisant pour la petite minorité. Et cette majorité c'est le peuple Hutu, d'origine bantoue.

Donc, ce lundi matin, je me rendis à l'université. Là comme toujours quand il y a un incident politique, on ne voyait que des groupes hermétiquement fermés ici des Tutsi du Bururi, là des Hutu, plus loin des Tutsi de Muramvya tout cela rendait la situation plus confuse. Petit à petit je commençais à y voir un mauvais présage : "Si c'est nous, me disais-je, nous seront particulièrement raccourcis".


Premières arrestations (ler mai)

Très vite, le voile fut levé, la situation devint claire. Ce soir-là, une petite camionnette arriva au campus universitaire avec deux agents de la Sûreté. L'un d'eux sortit un petit billet sur lequel étaient inscrits des noms. Et quand il commença à faire l'appel, il n'y eut plus de doute, nous étions visés. Des étudiants hutu, les plus remarquables, étaient convoqués afin de subir un interrogatoire comme dans toute société respectant la dignité humaine. Nous ignorions que c'était là l'extinction brusque de leur vie encore fleurie de jeunesse et de volonté. Ce qui fut surtout remarquable c'était que ce coup frappa d'abord les garçons intelligents des faculés de médecine et de sciences. Car il faut l'avouer, sans aucune prétention, ces deux facultés constituaient le fief des étudiants hutu tandis que les étudiants tutsi s'inscrivaient à la Faculé de Lettres et de Droit. La raison est simple : les Hutu savaient qu'il leur fallait posséder une carrière technique sérieuse, exigeant une formation incontestable et exigeante pour trouver un emploi.

 


 

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Donc, on emmena les vingt premiers étudiants hutu, tout le monde s'attendait un peu naïvement à leur retour, après un interrogatoire ; pour moi, le sort des Hutu était déjà décidé. Conscient du caractère sanguinaire des Tutsi et sur-tout de leur cynisme et de leur haine envers les masses paysannes hutu et envers la jeunesse intellectuelle montante, j'entrevis le prétexte dont ils allaient se servir pour laisser exploser leur haine, déjà difficilement contenue et pour massacrer impitoyablement le peuple. D'autres étudiants avaient aussi compris, mais sachant leur tristesse dans l'incapacité de se révolter et dans la réserve bien connue du peuple hutu, ils ne pouvaient que se taire et subir innocemment ces atrocités.


Mardi passa, mercredi, jeudi, les étudiants crurent que leurs compagnons arrêtés méritaient peut-être leur sort et qu'il n'y en aurait plus d'autres. Le coeur revint en place, le pessimisme céda à l'optimisme. Mais vendredi recélait dans son sein notre destinée. Ce vendredi qui restera éternellement gravé dans ma mémoire, vendredi qui montra la cruauté, combien dégradante du Tutsi, de son sous-développement mental, ce vendredi qui m'apprit que l'homme qui ne voit plus dans l'homme un semblable, est plus animal qu'un animal.


Hécatombe des universitaires hutu (5 mai)

Il était neuf heures, nous étions en classe. Brusquement un bruit se fit entendre à l'extérieur. Cric ! Crac ! Un bruit sec, saccadé. Et tout à coup, en un instant, la porte de l'auditorium s'ouvre. Trois hommes armés, en tenue de campagne, revolver au poing, prêts à tirer, font irruption dans la salle. Un soupir bref de désespoir s'échappe de la poitrine des étudiants "Silence", ordonna le premier des trois militaires. Il sortit alors d'un énorme livre, un papier qu'il présenta au Doyen de la faculté. Je pus voir sur la feuille deux photos - format de passeport - l'une du Président Micombero, l'autre du Procureur de la République : c'était le mandat d'arrêt.

Après avoir vu la signature même du Président, le professeur était désormais dans l'impuissance de dire quoi que ce soit. Le militaire était un commandant, homme noir, avec un nez en falaise, de petits yeux enfoncés profondément dans le crâne, un vrai représentant de la mort. Il se tourna vers les étudiants et vociféra "Certains parmi vous doivent être arrêtés. Tout le monde dehors Je vis tout d'un coup, parmi les étudiants, des visages pâles et décolorés, des visages sans plus aucun espoir dans la vie, et d'autres, au contraire, souriants et cyniques, des visages de trahison.

Quant à moi, je tremblais , une sueur formée de gouttes aussi grosses que des gouttes d'eau me dégoulina tout le long du visage. La mort était devant moi. C'était fini ! Les forces tribalistes avaient explosé, il était impossible de les retenir. Ou fuir, ou ne pas fuir ? Des instruments de mort étaient braqués dans tous les sens, tout le campus était encerclé ; des soldats avec armes lourdes : jeep, blindés, mitraillettes, mitrailleuses et 1es autres machines encore que le monde moderne a pu inventer. Un observateur étranger aurait cru deux fronts sérieux en guerre. C'était horrible à voir tout cet attirail d'armes légères et lourdes, de baïonnettes et de petits couteaux arrondis, que le gouvernement tutsi avait osé mobiliser pour réduire en pièces quelques étudiants innocents, complètement ignorants de ce qu'on leur reprochait.


 

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Tout le monde, sauf les Blancs, fut groupé à l'extérieur de la salle Hutu, Tutsi, Zaïrois, travailleurs et professeurs barundis. L'instant de la fin était arrivé. Le commandant ouvrit à nouveau son grand livre et commença l'appel. Batungwanayo Romain,Nzoramba Dismas, Ryoni François... tous les hutu jusqu'à la fin. Seul un silence de mort répondit. Alors le commandant se fâcha et commença à charger sa mitraillette : "Celui qui ne répond pas, cria-t-il, sera fusillé sur place". Il recommença l'appel et le premier terrifié par ces paroles obéit et répondit.

Cher lecteur, je ne trouve pas les mots pour vous exprimer les tortures, combien inhumaines, que cette première victime dut subir. Le visage contre le sol, un soldat le piétina, lui frappa la tête avec sa balonnette, il lui transperça le côté avec un long couteau. Après l'avoir déshabilé, il lui trancha froidement et cyniquement les organes extérieurs de l'appareil reproducteur. Devant cet horrible spectacle, je fus glacé, je m'abandonnai à Dieu, car pour la première fois de ma vie, je me reconnaissais tout à fait impuissant. Je préfère qu'on me tue avec un revolver plutôt que de subir ce martyre. Je regardais, contemplais ce sang innocent qui coulait clair et limpide comme de l'eau jaillissant d'une source et je restai convaincu qu'il ne serait jamais pardonné à ces animaux à face d'homme.

"Nzoramba Dismas", le commandant continua la liste, et chaque étudiant cité, devait subir le même carnage. Chaque nom qui retentissait, symbolisait la disparition d'une élite qui se désagrégeait lentement.

A chaque nom appelé, mon coeur battait comme un tambour, mon âme s'évadait pour un instant. Au rythme martelé de chaque nom proclamé tout le monde fermait les yeux comme pour ne pas entendre le sien. C'était inutile, l'effectif diminuait, les hutu disparaissaient, la jeunesse intellectuelle issue de la masse de la nation subissait ces inqualifiables atrocités.

A la fin le commandant s'arrêta, les yeux rougis par ses crimes, insensible aux sentiments humains. Il vociféra : "C'est fini pour le moment, nous reviendrons demain". A ces mots, je respirai profondément : "Je ne suis pas du nombre!" me dis-je intérieurement. Ceux qu'on avait pris, furent embarqués dans un grand camion, les uns déjà morts,d'autres à moitié et un bon nombre encore vivants. Une trentaine de soldats montèrent dans le même camion et continuèrent leur inqualifiable boucherie.


Trente jours caché sans voir le soleil

Immédiatement, alors que les autres commençaient à échanger leurs émotions, je pris mes jambes à mon cou. Aveuglé par les visions de ce jour-là et surtout craignant d'être dénoncé par quelque camarade d'étude, je courus jusqu'à la maison. Arrivé à mon domicile, je n'expliquai rien à ma famille. Maman me demanda la cause de ma stupeur. Ma réponse fut : "Tu ne sais pas ce que je viens de voir". En un clin d'oeil, je fis mes malles, je mis des habits usés, habits que j'avais abandonnés il y a cinq ans. Frappée d'étonnement, toute la famille me regardait pleine de stupeur. Tout ce que je prononçais était : "Je m'en vais à l'intérieur, à Rushubi chez ma grandmère". Et je pris le chemin de la montagne.

Rushubi représentait pour moi un lieu de refuge, un lieu de bonheur et de salut. Situé à vingt-cinq kilomètres de Bujumbura, Rushubi hébergeait ma grand-mère et avait vu naÎtre maman. J'y espérais des lendemains

 


 

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meilleurs. J'avais la ferme conviction que les masses paysannes, masses sans culture seraient au moins à l'abri de ce massacre et de ce poison tribal. Mais ... je me trompais lourdement car chaque jour, la radio, la Voix de la Révolution, ne cessait d'attiser la flamme : "Militants du Parti", s 'exclamait-elle, "démasquez
l'ennemi où qu'il soit et quel qu'il soit". Cela voulait tout simplement dire "Traquez tout Hutu intellectuel". Ainsi les masses s'adonnèrent-elles aussi à leurs instincts sanguinaires, ignorant profondément le fin fond des choses. Je fus ainsi victime de cette délation, mais fort heureusement je fus relâché grâce à je ne sais
quel "Deus es machina".

Arrivé finalement à Rushubi, je dus me cacher pendant trente jours, sans voir aucun rayon de soleil. Comme tous les intellectuels du pays, la petite élite hutu de Rushubi fut également traquée à mort : commissaire d'arrondissement, directeurs d'écoles, moniteurs et monitrices, infirmières, tous furent tués par les troupes gouvernementales tutsi. Furent également exécutés : balayeurs des églises, chefs des marchés, commerçants et jusqu'aux cultivateurs qui avaient pu augmenter le rendement de leurs terres en appliquant les méthodes de rationalisation de l'agriculture. Finalement, les* soldats avançaient dans les églises, le dimanche, et emmenaient quiconque portait une chemise et un pnatalon un peu voyants.


Dans toute la région, il ne resta qu'un garçon nommé Honoré et moi-même. Honoré était un garçon arrivé en classe terminale des humanités au Collège du St. Esprit, dirigé par les Jésuites. Il avait pu échapper à la mort après avoir reçu des blessures graves lors d'une bataille qui avait opposé Hutu et Tutsi au Collège du St. Esprit. Mais à peine venait-il d'entrer en convalescence qu'il allait partager le sort commun. Les troupes gouvernementales le trouvèrent caché sous son lit et c'est ici que s'exprime une fois de plus la cruauté la plus horrible du Tutsi.


"Petit animal, pourquoi as-tu quitté l'école ?" interrogea un des flics. Sur ce, avec ses énormes bottes, il s'amusa à danser sur le ventre du garçon. Ensuite avec son couteau, il lui transperça le cou jusqu'à ce que la pointe ressorte dans la nuque. Satisfait, il contempla alors le sang qui s'écoulait sur le ventre du pauvre Honoré. Son camarade lui prêta ensuite main forte et avec un énorme marteau, à deux, il écrasèrent le crâne de l'adolescent. Honoré rendit l'âme à son Créateur. Son père et son oncle furent soumis aux mêmes atrocités. Toute la famille disparut ainsi. Qui pardonnera à ces hommes ?


Quand les personnes qui assistèrent à la tuerie me dirent ce qui s'était passé, je fus secoué par la peur et allai passer la nuit dans une bananeraie. Le matin venu, je décidai de redescendre à Bujumbura, à Kamenge, espérant que le déchaînement de violences serait ralenti là-bas. Je me déguisai en paysan avec des vêtements en haillons, en prenant soin de porter sur la tête un régime de bananes, car au Burundi, il faut être paysan pour survivre.


Encore trente jours à rester enfermé

En chemin, Dieu me garda jusqu'à la maison. Personne ne me reconnut, tellement j'étais changé. Et je m'engouffrai rapidement dans l'habitation familiale? Je m'y cachai pendant exactement trente jours, ne sortant que la nuit pour les nécessités habituelles.

 


 

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Mais il fallait à tout prix quitter ce pays, ce pays où les droits les plus élémentaires de l'homme sont bafoués : le droit à la vie y est inexistant. Par une fente de la maison, je regardais comment des personnes étaient éventrées, comment des têtes sautaient pardessus les troncs ; et en même temps les chiens et les poules se promenaient tranquillement sans inquiétude aucune.
"si je pouvais devenir momentanément chien", me disaisje, tellement je préférais à ce moment les animaux aux humains. L'humain n'avait plus de raison d'être.

L'absurde des philosophes existentialistes se réalisait. Dès ce moment, je commençais à former des plans pour une évasion, il fallait à tout prix quitter ces lieux.


Lueur d'espoir

Un jour je me décidai. D'intelligence avec mon grand frère, je me dirigeai vers la frontière du Zaïre. Maintenant la question la plus importante se posait : comment passer les postes de police ? Là, des milliers de vies humaines s'étaient éteintes en tentant une évasion. Heureusement, nous parvinmes à nous arranger avec de jeunes pêcheurs. Après avoir accepté une petite somme, ils nous conduisirent à sept heures précises vers le Tanganyika. La barque y était déjà prête.

Une lueur d'espoir m'envahit : l'enfer allait disparaître par morceaux pour faire place à une vie nouvelle toute pleine d'espoirs nouveaux.

De temps en temps les vedettes militaires qui sillonnaient le lac braquaient leurs phares de mort vers notre pirogue, mais le bon Dieu avait décidé de nous sauver. Notre pilote maîtrisait sa barque avec une adresse des plus rares. Lorsque les phares nous illuminaient, il stoppait la pirogue, immobile comme un arbre mort, tandis que nous nous écrasions contre le fond de la barque pour nous cacher. La lumière passait.

Finalement, nous arrivâmes à Uvira, sur la côte du Zaïre. Nous avions la vie sauve. Désormais, j'étais loin des cruels humains, face à une nouvelle existence.


P.B. Etudiant à l'UNAZA.

 



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J'AI CONNU LES PRISONS, LES MASSACRES ET LA CHASSE A L'HOMME

TEMOIGNAGE D'UN ELEVE DE PREMIERE (ATHENEE DE GITEGA)

La vie est dure partout de la haine, de la jalousie,partout les hommes s'entredéchirent! Que ne ferait-on pas pour que tous les hommes sachent qu'ils ont un seul Créateur ?

Qui a donné un pourboire pour naître hutu ou tutsi ? Je n'y suis pour rien! Alors pourquoi fait-on cette différence entre Hutu et Tutsi ?


Les pénibles découvertes d'un enfant

Dès mon enfance, j'avais remarqué que lorsqu'on présentait à boire à un tutsi (on utilise chez nous des chalumeaux pour la boisson), le premier geste de celui-ci était de couper ou de renverser le chalumeau. Quand je rendais visite à de jeunes Tutsi de mon âge, je n'avais pas envie de manger avec eux, tellement leurs maisons sont sales et remplies d'odeurs insupportables. Pour ne pas devoir construire des étables, ils abritent leurs animaux domestiques, surtout leurs vaches, dans leur maison. Ils méprisent les Hutu qui entretiennent leur maison, qui cultivent et font du commerce et qui, en travaillant, deviennent plus riches. Ils redoutent le Hutu qui progresse et tachent alors de le contrarier.

Dès 1962, le Tutsi a commencé la persécution du Hutu. J'étais jeune, mais j'avais des yeux et des oreilles. A l'école où un Tutsi enseigne, la majorité des Tutsi réussissent, tandis qu'une minorité de Hutu seulement percera. Ainsi il arrive que des Tutsi qui monte de classe sont intellectuellement inférieurs aux Hutu qui ont échoué.


A la campagne, l'administration, les comités du parti unique (Uprona) et les comités de la jeunesse (JRR) sont dirigés par des Tutsi. C'est encore plus fort à l'armée : aucun Hutu ne peut y être recruté. Uniquement ceux qui ressemblent physiquement aux tutsi parviennent parfois à se faire enrôler. Si donc les Hutu ne peuvent entrer dans l'administration, ni à l'armée, ils doivent se contenter d'emplois subalternes. De sorte qu'une minorité tusi règne sur la majorité hutu.


Jusqu'à la fin de ma troisième année post-primaire, j'ai pu monter de classe, grâce à mon physique. A ce moment, mes condisciples voyant que je ne participais pas à leurs activités criminelles contre les Hutu s'informèrent de mon origine. Il la découvrirent en 1969. Ils tentent alors de me faire emprisonner ; leurs accusations étant totalement fausses, ils échouent. Je remercie Dieu de m'avoir sauvé.


Les séparations entre étudiants deviennent complètes ; un Tutsi ne se promène pas avec un Hutu. Une jeune fille tutsi ne parle pas à un jeune homme hutu. N'y a-t-il pas un proverbe qui dit "Impene ntiziba mu ntama" (les chèvres ne fréquentent pas les brebis) ?


Etudes secondaires à Matana et à Gitega

J'ai suivi mes études secondaires jusqu'en seconde scientifique à Matana dans le Bururi. Cette région est fort anti-hutu ; on y rencontre les Tutsi les plus durs : Abahinda, Shibura, Sota, Abahima et le clan de

 


 

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Simbananiye Artémon. Il est presque impossible pour un étudiant hutu d'achever ses études à l'école secondaire de Matana, dirigée par un Rwandais tutsi Aimable NT. Dans toute la région, il n'y a pas un fonctionnaire hutu.

Grâce à mon physique, j'ai pu achever ma seconde scientifique en 1970-71 à Matana et comme il n'y avait pas de première, je suis passé à l'Athénée de Gitega. Dans les deux premières à Gitega (économique et scientifique), nous étions quarante-trois étudiants dont neuf Hutu (les autres avaient été systématiquement éliminés). Au début les étudiants de Gitega n'étaient pas tribalistes ni extrémistes, mais ils le deviendront sous l'influence des Tutsi venus avec nous de Matana : Joseph No, Séverin Si. et Juma de Bururi. C'est à cause de ces trois étudiants et de leur professeur, actuellement directeur de l'Athénée, que le sang des élèves hutu a été versé dès le 4 mai 1969.


Comment mourut l'ex-roi Charles Ndizeye

Le 30 avril à 8 heures du matin,- nous apprenons que Charles Ndizeye a été tué vers minuit. C'est une surprise pour nous tous, tant Tutsi que Hutu. Nous savions qu'il était enfermé depuis son retour au Burundi, au palais de l'ex-Mwami à Magarama et gardé par seize militaires, jour et nuit. Nous allons donc nous informer auprès des sentinelles ; elles nous affirment qu'il est toujours vivant. Durant la matinée nous apprenons par la radio de Bujumbura qu'il y a eu des troubles dans tout le pays et qu'à Gitega une bataille sanglante a fait plus de cinquante mille morts, dont Charles Ndizeye.

Peut-on mentir plus effrontément ? L'athénée de Gitega est à cinq cents mètres du camp militaire et à un kilomètre de l'ex-palais royal où Ndizeye était prisonnier. Pendant la nuit du 29 avril, je préparais une interrogation de dessin et me couchai à minuit. Je n'ai rien vu ni rien entendu de cette "sanglante bataille".

Dans l'après-midi un soldat tutsi de garde au palais nous dit qu'ils ont reçu l'ordre de l'état-major de Bujumbura de tuer froidement Charles Ndizeye, car "des mercenaires étrangers allaient attaquer le pays pour le libérer". C'est ainsi que le jeune ex-roi, revenu avec une garantie du chef de l'Etat, fut tué et enterré d'une façon ignominieuse près de la prison de Gitega sur la colline Nyabiharaga le ler mai 1971.

Entretemps, le gouverneur civil, Septime Bizimana, proclame le couvre-feu et fait barrer toutes les routes. Des fonctionnaires d'autres provinces, venus pour fêter le ler mai, sont arrêtés et jetés en prison. Les patrouilles militaires se multiplient, les écoles sont surveillées. Dès 16 heures, tout étudiant doit se mettre au lit, sauf les Tutsi qui tiennent des réunions hors de l'école pendant la nuit et rentrent sans aucun ennui. Par contre, tout Hutu pris à l'extérieur après 17 heures est immédiatement conduit en prison. Personne n'est tué en rue, et dans les villages pas un seul coup de feu n'éclate. L'ethnie Hutu sera décapitée dans un silence lourd et tragique.


Premières arrestations et brimades (4 mai)

Le 4 mai, vers 10 heures, une jeep militaire stoppe devant l'athénée. La peur et l'effroi m'envahissent. Un adjudant présente une liste à notre directeur, Mr Van H. Tous les professeurs hutu et cinq étudiants sont

 


 

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arrêtés et conduits en prison. L'idée de nous évader germe dans notre esprit, mais par où passer ? Les militaires et les JRR sont partout. Les barrières coupent toutes les routes. Pas d'autre solution que d'attendre à l'écol